Samuel Beckett – L’innommable

English version below

Paris 03:53 pm

Samuel Beckett – L’innommable 

“Ca doit être la troisième ou la quatrième fois que je lis ce livre et je le relirai tout le temps. Je connais des passages par cœur maintenant. Je l’ai lu pour la première fois lorsque j’étais toute jeune et en parlant avec un ami il y a deux ans je l’ai encore relu. J’avais oublié à quel point ça m’avait choquée lorsque j’étais gamine.

Ce n’est pas compliqué comme livre, ni absurde mais c’est très difficile à expliquer justement parce que le thème de celui-ci est l’incapacité à définir toute chose. J’ai vraiment du mal à vous en parler clairement. En gros c’est le « Je » qui essaie de se définir et qui bute contre lui-même en permanence. Ca questionne le langage ainsi que plein d’autres choses. Franchement, ça va à la limite de la folie. Mais c’est magnifique, c’est un des meilleurs livres que j’ai jamais lus.

Il est vraiment difficile pour moi de vous parler clairement de ce livre, je vais vous lire un passage pour que vous vous fassiez une idée :

« C’est de moi maintenant que je dois parler, fût-ce avec leur langage, ce sera un commencement, un pas vers le silence, vers la fin de la folie, celle d’avoir à parler et de ne le pouvoir, sauf de choses qui ne me regardent pas, qui ne comptent pas, auxquelles je ne crois pas, dont ils m’ont gavé pour m’empêcher de dire qui je suis, où je suis, de faire ce que j’ai à faire de la seule manière qui puisse y mettre fin, de faire ce que j’ai à faire. Ils ne doivent pas m’aimer. Ah ils m’ont bien arrangé, mais ils ne m’ont pas eu, pas tout à fait encore. Témoigner pour eux, jusqu’à ce que j’en crève, comme si on pouvait crever à ce jeu-là, voilà ce qu’ils veulent que je fasse. Ne pas pouvoir ouvrir la bouche sans les proclamer, à titre de congénère, voilà ce à quoi ils croient m’avoir réduit. M’avoir collé un langage dont ils s’imaginent que je ne pourrai jamais me servir sans m’avouer de leur tribu, la belle astuce. Je vais le leur arranger, leur charabia…Chère incompréhension, c’est à toi que je devrai d’être moi à la fin… »

J’espère que vous comprenez maintenant pourquoi c’est si difficile d’en parler. “


Samuel Beckett – The unnamable 

“It must be the third or fourth time I read this book and I will do it again for sure. I even memorized some passages. I read it for the first time when I was very young and felt like reading it again two years ago after discussing it with a friend. I had forgotten how it shocked me when I was a kid.

It’s not complicated or absurd but it is very difficult to explain because its talks about the inability to define anything. Basically it is the “I” that is trying to get defined and permanently bumps against himself. It questions the language and many other things. Frankly, it goes to the edge of madness. But it’s beautiful; it’s one of the best books I have ever read.

It’s really hard for me to tell you clearly what it’s about; I will read a passage for you to have an idea:

«It’s of me now I must speak, even if I have to do it with their language, it will be a start, a step towards silence and the end of madness, the madness of having to speak and not being able t except of things that don’t concern me, that don’t count, that I don’t believe, that they have crammed me full of to prevent me from saying who I am, where I am, and from doing what I have to do in the only way that can put an end to it, from doing what have to do. How they must hate me! Ah a nice state they have me in, but still I’m not their creature, not quite, not yet. To testify to them, until I die, as if there was any dying with that tomfoolery, that’s what they’ve sworn they’ll bring me to. Not to be able to open my mouth without proclaiming them, and our fellowship, that’s what they imagine they’ll have me reduced to. It’s a poor trick that consists in ramming a set of words down your gullet on the principle that you can’t bring them up without being branded as belonging to their breed. But I’ll fix their gibberish for them…Dear incomprehension; it’s thanks to you I’ll be myself, in the end…»

I hope that you understand now why it’s so hard to talk about. “

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